LaScam a rendu public son deuxième baromètre de l’audiovisuel, lors de sa conférence de presse au Sunny Side of the Doc à La Rochelle. Destiné à recueillir les retours d’expériences des auteurices sur la fabrication et l’exploitation de leurs œuvres, il permet de saisir, tous les deux ans, la réalité du terrain et les interactions relevées lors de la production d’un film. 826 membres de LaScam ayant signé un contrat de production d’œuvre audiovisuelle depuis 2018 ont répondu.
Voici les principaux enseignements.

RÉMUNÉRATION DES AUTEURICES : DES PROGRÈS MARGINAUX

Quelques signes encourageants apparaissent. Concernant le dossier de présentation (étape quasiment incontournable pour les documentaristes puisque 89% déclarent en rédiger un), les rémunérations versées aux auteurices ont globalement progressé, en particulier dans les tranches les plus basses. L’accord sur une rémunération minimale signé en 2023 a clairement permis d’améliorer la situation. Toutefois, 20 % des auteurices continuent de percevoir une rémunération en dessous du seuil minimal obligatoire.
Autre évolution positive : les droits d’auteur forfaitaires versés par le producteur le sont de plus en plus sous forme de prime d’écriture (38 % contre 24 % en 2024) au lieu du minimum garanti. Cette forme de rémunération reflète la véritable nature du travail accompli, car elle est avant tout la contrepartie de l’écriture, et non une avance réclamée.
Ces progrès sont cependant relatifs. La rémunération médiane (salaire et droit d’auteur) pour un documentaire de 52 minutes stagne à 14 000 €, comme en 2024. En tenant compte de l’inflation, la situation se traduit donc par une baisse effective. Cela contribue au ressenti de 71 % d’auteurices qui se déclarent sous-rémunérés par rapport au travail fourni ; et de fait, les chiffres révèlent que la rémunération dépend peu du temps de travail.

 

LA TRANSPARENCE, UN COMBAT QUI PERDURE

Deux tiers (68 %) des auteurices n’ont jamais reçu les comptes de production définitifs de leur dernier film. Sur l’ensemble de leurs films réalisés depuis 2018, 59 % n’obtiennent jamais ces comptes (et 16 % rarement). La loi impose pourtant cette transmission pour les œuvres soutenues par le CNC.

Concernant les comptes d’exploitation, la situation n’est guère meilleure : 65% des auteurices ne les reçoivent jamais, en dépit de l’obligation légale s’appliquant à toute production.

Une légère amélioration avait été constatée lors du dernier baromètre, mais la situation stagne depuis. Dans leur grande majorité, les auteurices sont donc maintenus dans l’ignorance quant à la gestion financière de leurs œuvres.

 

DES RELATIONS INÉGALES AVEC LES SOCIÉTÉS DE PRODUCTION 

Cela étant, la majorité des auteurices (69 %) estiment que leur relation avec leur producteurice est globalement satisfaisante ou excellente, un chiffre constant par rapport à 2024.
Au-delà des chiffres, de nombreux témoignages rappellent l’existence d’un rapport de force déséquilibré. La dépendance économique et professionnelle laisse peu de marge aux auteurices pour négocier leurs contrats, réclamer les comptes ; au fond, faire valoir leurs droits.

Ce baromètre appelle à agir sur deux fronts : d’une part, poursuivre les négociations en cours pour instaurer une enveloppe minimale de réalisation (EMR) comme cela existe déjà pour la fiction – LaScam y participe aux côtés de la Garrd, la Boucle documentaire et les syndicats de l’audiovisuel ; d’autre part, améliorer le suivi de l’application des accords signés entre auteurices, producteurs et diffuseurs.

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