La première session de l’année du Prix Mentor s’est déroulée à LaScam et a récompensé Antoine Martin, coup de cœur du public pour Miami, not the Beach et Tatyana Palyga, coup de cœur du jury, pour Cherepovets.
Miami, not the Beach par Antoine Martin
Coup de cœur du public

En 2018, j’ai vécu plusieurs semaines à Miami dans un espace de vie alternatif, une sorte de squat, appelé Esquina de Abuela, situé dans le quartier d’Allapattah. J’y suis retourné plusieurs mois chaque année jusqu’en 2025.
Ce lieu est devenu une porte d’entrée vers un Miami bien éloigné des images associées à sa péninsule phare du bord de mer. Dans cet espace multiculturel et multigénérationnel, les communautés, latines, afro- américaines, caribéennes, occupent leurs territoires en se transformant au gré des influences, des flux migratoires et des processus de ségrégation, composant, à l’intérieur, autant de petits mondes à huis clos. Miami, not the Beach est un projet personnel qui se confronte à l’identité de cette métropole fragmentée, où l’urbanisme, la prédominance de l’espagnol, la dépendance à la voiture, le port d’armes ou encore l’adoption de chiens réputés agressifs ne favorisent ni les rencontres ni l’émergence d’une vie collective.

Antoine Martin est né en 1997 dans le Val-de-Marne où il vit encore. Photographe indépendant depuis 2018, son travail traite d’histoires qui n’en sont pas forcément, dans la simplicité du réel et la profondeur de l’imaginaire. Entre 2018 et 2025, il passe de nombreux mois à Miami (États-Unis) dans une communauté marginale du quartier d’Allapattah. Il y développe son premier projet, « Miami, not the Beach » qui l’inspirera plus tard pour un second travail à Port-au-Prince, en Haïti.
Ses projets oscillent entre implication et observation, assumant une position volontairement instable, qui permet d’approcher, sans prétendre y appartenir, des contextes restreints où sa présence n’a rien d’évident. Ses projets sont publiés, exposés et projetés en France et à l’étranger. (Mouvement Magazine, Rencontres
internationales d’Arles et au festival photo de Rotterdam).
Cherepovets par Tatyana Palyga
Coup de cœur du jury

Sa démarche artistique explore l’intersection entre la mémoire, l’histoire personnelle et l’environnement physique dans la construction de l’identité. Cette recherche prend une forme intime dans la série Cherepovets, réalisée en Russie entre 2012 et 2017 lors de ses retours successifs, où elle documente la ville de son enfance à travers sa famille, ses proches et les espaces domestiques qui ont façonné ses origines.
Aujourd’hui, ces images constituent pour elle une fenêtre sur un passé révolu. N’ayant pas revu sa famille ni son pays depuis huit ans, elle vit une rupture marquée par les bouleversements géopolitiques et la guerre. Née d’un père ukrainien et d’une mère russe, elle se trouve confrontée à une double perte — celle de la Russie et de l’Ukraine — rendant tout retour impossible. La série devient ainsi l’archive sensible d’un foyer désormais inaccessible. Au-delà de la nostalgie, son travail interroge la construction sociale et politique de cet environnement, cherchant à comprendre les mécanismes d’un basculement collectif. En développant un langage visuel non linéaire, elle relie histoire locale et expérience universelle de l’appartenance et du déracinement, affirmant la persistance de la mémoire face à l’effondrement.

Originaire de Cherepovets, en Russie, où elle est née en 1982, Tatyana Palyga s’est tournée vers la photographie après avoir obtenu son diplôme de l’École de Photographie de Presse de Saint-Pétersbourg en 2010. Elle développe alors ses propres projets artistiques et s’engage dans l’édition de livres photo.
Diplômée d’une Licence en Photographie et Arts Plastiques de l’Université Paris 8 en 2016, elle obtient en 2017 un Master de l’Université J.E. Purkyne à Usti nad Labem, en République Tchèque. Son travail a été exposé à l’international, et ses livres auto-publiés présentés dans de nombreux festivals.
En 2016, elle cofonde le collectif Zoopark Publishing, dédié à la micro-édition de livres d’art et à la promotion de photographes contemporains.
Tel un incubateur, l’objectif du Prix Mentor est de fournir au lauréat ou à la lauréate les meilleures conditions au développement d’un projet qui utilise la photographie comme médium source. Il se présente sous deux formes : un soutien financier et un accompagnement personnalisé par un groupe d’experts. Organisé par FreeLens, il est soutenu par LaScam et le CFPJ Médias.
Découvrez les sept photographes qui avaient été sélectionnés
- Simon Arcache – Ventre mou
- Emma Galantini – Nul ne peut nous entendre
- Antoine Martin – Miami, not the Beach
- Sasha Mongin – L’Enquête
- Tatyana Palyga – Cherepovets
- Lucie Sassiat – Cartographie de l’indicible
- Wang Tianwu – Hiding and Seeking
Le jury est composé de
- Églantine Aubry – Curatrice et scénographe, Réseau LUX
- Géraldine Lafont – Iconographe indépendante
- Clare-Mary Puyfoulhoux – Critique d’art et secrétaire générale de l’Association Nationale des Critiques d’Art
- Steven Wassenaar – Photographe et membre de la commission des images fixes à LaScam
- Martin Barzilai – Photographe, enseignant et administrateur chez Freelens
Pendant les délibérations, Isabelle Chapuis, photographe et membre de la commission des images fixes de LaScam a animé une rencontre avec Bruno Dubreuil, auteur du livre Après, on oublie (Editions Orange Claire) sur la construction du récit photographique et le rapport entre texte et image.