17 juillet 2026
Série Territoires et Création #12 –
Normandie« Toutes les forces vives sont réunies pour en faire une région encore plus dynamique »
En région Normandie, 12e volet de la série Territoires et Création, les auteurs et les autrices de documentaire mettent en avant la qualité de leur relation avec l’agence régionale Normandie Images. La collectivité compte également parmi les rares à avoir sanctuarisé le montant de son fond d’aides, avec une enveloppe dédiée au documentaire toutefois en léger recul sur les trois dernières années.
La Région Normandie et le documentaire audiovisuel
En 2025, la Région Normandie a consacré 2 865 000 euros à la création audiovisuelle et cinématographique, dans 101 projets. Le documentaire audiovisuel représente 17 % de l’enveloppe (501 000 euros, au 12e rang national) et 37 % des aides (37). L’étape de la production concentre près de 46% du nombre d’aides et 80% de l’enveloppe, quand l’écriture représente 54% en volume et 20% du financement. Le fonds de soutien ne dispose plus d’aide au développement de projets documentaire en revanche, supprimée en 2020.
2 865 000 €
aide à la création
« La Normandie est dans une dynamique d’attractivité des auteurs.ices / réalisateur.ices. Ils sont en effet de plus en plus nombreux à̀ s’y installer. Ils viennent chercher un cadre et une qualité́ de vie, tout en continuant à̀ mener leur carrière comme ils l’entendent, notamment grâce à̀ la proximité́ avec Paris. » Ce constat est l’une des conclusions de la consultation menée en 2025 par l’association des auteurs-autrices et réalisateurs, réalisatrices en Normandie (Arno). Cette initiative, qui fait suite à des travaux similaires engagés par LaScam, entre autres, est aussi venue confirmer la prédominance du documentaire (75 %) dans les œuvres réalisées, devant la fiction (57 %), à l’instar de ce qu’on l’observe dans les autres régions. Pour autant, « il n’existe pas de cantonnement de genre », près de la moitié des 105 répondants ayant indiqué « exercer dans plusieurs », soulignent les conclusions.
« Nous avons lancé cette enquête parce que nous manquions cruellement de données concrètes sur qui nous étions », expose l’Arno qui réunit une trentaine d’adhérents. « Ce n’est pas un problème propre à la Normandie, mais qui vaut pour les auteurs en général dans notre pays », expliquent aussi les représentants des auteurs et des autrices de documentaire de l’association. L’enjeu était de dresser un état des lieux afin, en particulier, de recenser le nombre de professionnels présents sur le territoire, savoir où ils se trouvent dans ses cinq départements (Calvados, Manche, Eure, Orne, Seine-Maritime), quelles œuvres réalisent-ils. « On avait besoin de savoir où et comment on se positionnait », poursuit l’Arno. Pour les auteurs et les autrices, avoir une connaissance fine et documentée de leurs activités ainsi que des dynamiques territoriales en cours, doit également leur permettre de mieux encore défendre leurs intérêts auprès des institutions et des différentes instances partie prenantes de la filière locale.
Le rapport aux auteurs est plutôt bon en Normandie et leur accompagnement relativement complet comparé à d’autres régions.
Les auteurices de l’Arno
Un territoire dynamique
La Normandie est une jeune région, dans sa forme actuelle, née de la fusion de la Basse et de la Haute Normandie lors de la réforme territoriale de 2015. C’est à la suite de celle-ci qu’ont été créées la plupart des organisations professionnelles du territoire, dont l’Arno. La filière s’est bâtie à la fois sur un héritage amorcé dès les années 80, à travers une politique souvent pionnière en matière de création audiovisuelle et cinématographique, et le mouvement enclenché à la réunification des deux Normandie. « La fusion a dynamisé le territoire, en passant de deux petites régions à une seule qui s’est mécaniquement agrandie. Elle a créé une émulation et une structuration des professionnels, en particulier chez les auteurs et les producteurs », relève l’agence Normandie Images. Elle-même est issue de la fusion entre le Pôle Image Haute-Normandie et la Maison de l’Image Basse-Normandie. L’agence accompagne le développement du cinéma et de l’audiovisuel sur le territoire. Elle a, parmi ses multiples missions, celle de gérer et de mettre en œuvre le fonds d’aide à la création de la région.
La Normandie fait partie des régions qui ont connu une « réunification heureuse et elle dispose aujourd’hui d’une filière très dynamique », constate Normandie Films, l’association regroupant les producteurs et productrices de cinéma et d’audiovisuel établis sur le territoire, qui dénombre « une vingtaine de sociétés adhérentes » réparties sur les cinq départements. Le documentaire audiovisuel est là encore majoritaire au sein des membres. Selon les données du bilan 2025 de Normandie Images, 19 des 44 sociétés de production recensées dans la région produisent exclusivement du documentaire, soit 43%. Neuf autres produisent à la fois des œuvres de fiction et de documentaire, ce qui portent à 28 le nombre de structures engagées dans le genre (près de 64%). Deux autres associations de professionnels complètent la représentation de la filière aux côtés de l’Arno et de Normandie Films : Normandie Animation, le réseau régional des professionnels de la création animée, ainsi que l’Association des techniciens et techniciennes normands de l’audiovisuel et du cinéma (Atnac).
Le territoire reste une petite région en superficie, avec près de 30 000 km2, et d’un point de vue de son fonds de soutien, au 12e rang national avec un montant global de 2,865 millions d’euros en 2025 (cf.encadré chiffres). Il se caractérise en outre par sa grande proximité avec Paris, où il est parfois plus facile de travailler, selon où on vit sur le territoire, pointe l’Arno. Globalement, « le rapport aux auteurs est plutôt bon en Normandie » et leur « accompagnement relativement complet comparé à d’autres régions », décrit l’association. « On a des aides pour écrire des projets, pour les réaliser, des aides au déplacement en festivals et sur les marchés, des ateliers d’écriture documentaire, des résidences d’écriture », dispensées par le Centre des écritures cinématographiques (CÉCI), au Moulin d’Andé, ou encore par les Filmeurs, dans l’Eure, et soutenues par la Région. Le soutien passe aussi par « des rencontres organisées par Normandie Images entre les auteurs et les autrices de la Région, des tables rondes, souvent lors de festivals », ou encore des séances de pitchs. La liste n’est pas exhaustive.
-
37 aides
à la création
en 2025 pour le documentaire -
101 K€
pour l'écriture
-
400 K€
au stade de la production
Le soutien de la Région à la filière documentaire
La création de l’Arno a été déterminante s’agissant de la place faite aux auteurs et aux autrices dans l’écosystème, en premier lieu au sein de Normandie Images, avec qui l’association entretient de « bonnes relations » et « travaille en bonne intelligence », explique-t-elle. Aujourd’hui, trois des membres de l’Arno siègent au conseil d’administration de l’agence, au même titre que d’autres professionnels. « Cette représentation a permis, après la suppression par Normandie Images en 2020 de l’aide au développement pour le fonds documentaire, d’être plus entendus sur certains dossiers relatifs au fonds de soutien régional », appuient les auteurs. La création en 2024 d’une aide au parcours d’auteur illustre ce point. La mise en place de ce dispositif très prisé, et loin d’exister dans tous les fonds régionaux, résulte « d’échanges nourris et de réunions régulières spécifiquement dédiés à ce dossier entre l’Arno et Normandie Images ». C’est « un travail sur du long terme qui a permis la concrétisation de ce projet commun initié par l’association des auteurs normands, en s’inspirant d’autres collectivités à partir d’échanges au sein de la Boucle Documentaire, rappelle l’Arno.
Trois bourses par an, de 10 000 euros chacune, sont attribuées dans le cadre de l’aide au parcours d’auteur. Les lauréats peuvent bénéficier d’un programme d’accompagnement individualisé, sur un ou deux ans, selon les projets, pour leur travail de recherche et d’expérimentation destiné à une ou plusieurs œuvres en conception ou en tout début d’écriture. Dans sa troisième année en 2026, le dispositif « est encore en construction », précise l’Arno. A ce stade, le bilan est toutefois « très positif », avec « 27 dossiers dès la première année, ce qui était beaucoup pour la région ». Sa mise en place « est une façon de reconnaître le travail de l’auteur dans toutes ses spécificités, mais aussi la possibilité de pouvoir changer de cap à un moment donné, et d’être fortement soutenu pour ça », estime l’association.
Le fonds de la région propose par ailleurs une aide à l’écriture documentaire (unitaire et série) directe, c’est à dire attribuée aux auteurs, plafonnée à 5 000 euros, et une aide à l’écriture versée aux sociétés de production, pour un montant plafonné de 7 000 euros. La suppression de l’aide au développement documentaire, qui était perçue par les producteurs mais dont bénéficiaient indirectement les auteurs, est « l’une des batailles perdues », relèvent néanmoins certains auteurs. Etre soutenu à cette étape où ils se trouvent par exemple en repérages est « précieux ». A noter que le fonds de soutien régional actuel propose deux aides au développement de projets, pour ceux d’animation et à l’international, ouverte aux œuvres cinématographiques et audiovisuelles d’animation, de documentaire et de fiction.
Du côté des producteurs, l’aide structurelle aux sociétés de production s’avère « stratégique », et « pour nous quasiment la plus importante », en parallèle des aides classiques à la production, souligne Normandie Films. Elle soutient une douzaine de structures par an pour accompagner leur plan de développement comprenant au minimum trois projets. Son montant est plafonné à 30 000 euros. « C’est une aide structurante pour les sociétés et pour les auteurs [qui en bénéficient indirectement] », constate l’organisation. « Elle a permis à certaines sociétés de prendre leur envol ».
L’accompagnement autre que financier de la filière par l’agence, précédemment évoqué, est l’une des « spécificités » de Normandie Images, fait valoir à son tour l’agence. Il peut être individuel, avec un travail important mené en amont afin, par exemple, d’aider les auteurs « à approfondir leur projet et le développer dans les meilleures conditions et trouver les bons partenaires ou producteurs au plus tôt ». Il se traduit également à travers la diffusion, comme avec Le Mois du film documentaire » dont le nombre de projections progresse. « En 2025, 27 projections ont été organisées dans la région, contre 24 en 2024, pour 17 films programmés (14 en 2024) et plus de 1 000 spectateurs réunis. Cette dynamique à la hausse ne fait que commencer », avance Normandie Images. Dans la perspective de la prochaine édition, en novembre 2026, elle « souhaite en proposer encore davantage, en se rapprochant notamment de l’agence Normandie Livre & Lecture, encore plus étroitement qu’en 2025, afin de faire le lien avec les médiathèques, les festivals et salles de cinéma normandes ».
Le soutien de Normandie Images à la filière se traduit en outre par l’embauche, tout au long de l’année, de cinéastes ou de techniciens pour des interventions en milieu scolaire, des ateliers, ou des formations, notamment, met aussi en avant l’agence dont l’une des missions centrales concerne l’éducation à l’image et à la médiation des œuvres. En 2025, 90 professionnels ont été recrutés pour un montant d’environ 266 000 euros, d’après ses données. « La Normandie et l’éducation à l’image, c’est une vieille tradition. C’est ici que sont nés, ont été testés ou déployés les dispositifs ‘Ecole et cinéma’, ‘Collège au cinéma’ et ‘Lycéens et apprentis au cinéma’, mis en place par le CNC, et nous restons très ouverts à l’évolution et à l’innovation aujourd’hui », souligne l’agence. Par ailleurs, le BTS Audiovisuel du lycée Corneille de Rouen, créé en 1993, est l’un des tout premiers créés en France dans cette section.
Des budgets en baisse
Une autre des caractéristiques de la Normandie, moins favorable au documentaire, est l’absence de contrats d’objectifs et de moyens (COM), faute de volonté générale des différentes parties concernées à date. « Cela est handicapant pour le développement du documentaire dans la région », juge l’Arno. Le territoire recense deux diffuseurs locaux, France 3 Normandie et BFM Normandie qui a succédé à La Chaîne Normande (LCN), lors de son rachat par Altice Media fin 2021. Un « mauvais coup » pour les professionnels du genre, estime Normandie Films : si LCN préachetait du documentaire, ce n’est pas le cas de l’antenne régionale de BFM.
« L’absence de COM, combinée à celle de chaînes locales qui préachètent du documentaire [en dehors de France 3 Régions] nous pénalisent vraiment. On voit bien à quel point cette mécanique est vertueuse dans les régions où elle est présente comme en Bretagne par exemple. Elle agit à la fois sur les auteurs et l’émergence, les COM favorisant souvent des premiers films, et sur les producteurs, pour qui les COM sont structurants », détaille Normandie Films. A ce stade, aucune perspective d’évolution n’est entrevue. « Par définition, le pluralisme est souhaitable », réagit Normandie Images qui rappelle toutefois les nombreux autres atouts de la « région, où les budgets [alloués au secteur] n’ont pas été baissés, contrairement à d’autres collectivités ». « Le travail commun entre la DRAC, la Région, le CNC, et l’agence se passe de manière très sereine, ce qui là encore n’est pas le cas partout », souligne-t-elle également. En 2026, le budget global sera identique à 2025, soit « 2,8 millions d’euros ».
Les auteurs et les producteurs mettent eux aussi en avant l’engagement renouvelé de la part de la Région, malgré un contexte économiquement contraint, avec le maintien en 2026 de l’enveloppe du fonds d’aide à la hauteur de 2025, quand en effet beaucoup de collectivités baissent leurs dotations voire se désengagent. Ils rappellent par ailleurs le soutien renforcé durant le Covid. Paradoxalement, la pandémie a eu un « vrai effet de levier » sur la filière qui, depuis, s’est professionnalisée, note même Normandie Films. « On est passé à trois ou quatre sociétés qui disposent d’un compte automatique au CNC contre zéro avant 2020 ». Autre signal intéressant, « on constate un accroissement du volume d’œuvres soutenues par la région initiées sur le territoire ».
Pour autant, le budget du fonds de soutien est « l’un des points de vigilance », pointe l’Arno. La Normandie ne fait « pas partie des régions les mieux dotées », rappelle l’association. Elle dispose d’une « petite enveloppe, plutôt constante », depuis 2023, au sein de laquelle la moindre évolution va avoir un impact. « Par un effet de vases communicants, la création d’un nouveau dispositif, par exemple, va mécaniquement se faire au détriment d’un autre », expose l’Arno. « Ces deux dernières années, on a pu observer une évolution au détriment du documentaire dont le budget a baissé », relève l’association. Entre 2023 et 2025, le budget alloué au documentaire audiovisuel est passé de 602 000 euros (un montant pour le coup en hausse de 3% entre 2022 et 2023) à 501 000 euros, pour un nombre de projets reculant de 42 à 37, selon les chiffres du Panorama des aides territoriales de Ciclic (cf.Méthodologie). Sur ces deux ans, l’enveloppe pour le documentaire a ainsi perdu 101 000 euros pendant que le fonds d’aide global a gagné 112 000 euros, de 2 753 000 euros à 2 865 000 euros.
En parallèle, la période a été marquée par la création d’une aide à la production de fiction audiovisuelle (unitaires et séries), dans un contexte de grande attractivité du genre pour les collectivités. Créée en 2023, cette nouvelle aide a bénéficié d’une enveloppe supplémentaire de 500 000 euros, le fonds de soutien progressant quasiment d’autant. Il a progressé de 2 304 000 euros en 2022 à 2 753 000 euros en 2023, selon les données de Ciclic, soit précisément une hausse de 449 000 euros, la différence pouvant provenir de reports de lignes d’une année sur l’autre, d’après Normandie Images. La volonté politique est en tout cas posée. Sur son site, la Région explique que « cette aide supplémentaire vient compléter une palette large d’interventions guidée par une double ambition, culturelle mais aussi économique tant sont avérées les retombées pour les territoires et les différents métiers de la filière, des accueils de série en région. Au-delà, l’idée est de dynamiser plus encore la politique d’accueil de tournages ».
Alors que la « filière [du documentaire] a connu une vraie dynamique, jusqu’à ces deux dernières années, on est arrivé aujourd’hui à une forme de palier », constate l’association des producteurs, Et si « certains continuent d’avoir une activité dynamique, voire en croissance », c’est « plutôt en allant activer des leviers extra régionaux ». La baisse des engagements de France Télévisions dans le genre, comme dans tous les autres, du fait de la baisse de sa dotation publique, pourrait impacter France 3 Régions à hauteur de « deux films de moins par an, ce qui représente entre 10 et 15% de films avec France 3 Normandie », a calculé Normandie Films. Plus généralement, les professionnels constatent que la situation « n’est pas facile » en ce moment pour le documentaire, comparé à la fiction qui, dans leur région comme ailleurs, « a le vent en poupe, en premier s’agissant des séries ».
« Le documentaire reste une ligne budgétaire préservée en Normandie », défend Normandie Images. Les « infléchissements » observés sont conjoncturels et ils s’expliquent par des « effets de lignes de crédits et des modulations d’une année sur l’autre, plus ou moins favorables », selon l’agence. Les baisses relevées ne traduisent en rien une « décision stratégique contre le genre documentaire », insiste-t-elle L’enveloppe qui lui est allouée va d’ailleurs « remonter de 30 000 euros en 2026 » sur un budget global stable. « Le documentaire est le premier genre en région. Nos auteurs, nos producteurs, ainsi qu’un nombre conséquent de techniciens vivent du dynamisme et de la créativité liés au genre », poursuit Normandie Image en louant la diversité et l’abondance des films issus du territoire, pour certains reconnus à l’internationale grâce à des prix. C’est notamment le cas des documentaires patrimoniaux pour France 3 Normandie, Entre écume et nuages d’Olivier Marin, produit par Tonnerre de l’Ouest, avec la voix de François Morel, et Sous nos yeux de Stéphane Miquel (Keren Production), initié à l’occasion du 80e anniversaire du débarquement et de la bataille de Normandie.
Entre 2023 et 2026, la baisse pour le documentaire dans le fonds d’aide se chiffre « à 71 000 € sur trois ans », relève cependant l’Arno. « C’est très regrettable pour les auteurs-réalisateurs de la région vu que c’est le secteur où ils exercent le plus. Alors même que le fond de la fiction a fortement progressé sur la même période, ce que nous saluons. Mais cela ne doit pas se faire aux détriments des autres genres », insistent les auteurs et les autrices de documentaire.
Les projets futurs
Concernant les célébrations du Millénium, organisées par la Région Normandie pour le Millénaire de la naissance de Guillaume le Conquérant en 2027, elles donneront lieu à un ensemble d’initiatives culturelles et patrimoniales, dont des productions audiovisuelles locales sur la thématique gérées par Normandie Images. Elles ont fait l’objet d’un budget « spécifique, en plus des lignes budgétaires habituelles » de l’agence, précise celle-ci. Déployés sur plusieurs exercices (de 2024 à 2027), ces crédits accordés uniquement en production, et non à l’écriture, ont été notamment alloués à des documentaires.
La Région est, comme partout ailleurs, actuellement en cours de négociation de sa convention tripartite de coopération pour le cinéma et l’image animée dont la signature est espérée au second semestre de cette année. Jusqu’ici triennales, ces conventions devraient devenir quadriennales et, par conséquent, couvrir la période 2026-2029, afin d’enjamber les élections régionales de 2028. Normandie Images n’est pas signataire de la convention tripartite mais elle y contribue, en participant à une partie des discussions et en produisant des données quantitatives et qualitatives sur le secteur.
De son côté, Normandie Images a établi à l’été 2025 son projet triennal pour 2026-2028. Dans le document, disponible sur le site de l’agence, celle-ci trace des « pistes envisageables » pour la prochaine convention CNC-Etat-Région. Le chapitre dédié aux soutiens financiers à la création évoque plus spécifiquement une évolution des soutiens à l’écriture documentaire. « Dans la mesure où la renégociation de la convention le permettrait en termes stratégiques et de moyens, un dépôt à l’écriture pour les seuls auteurs et un rétablissement des aides au développement pour les producteurs pourraient être envisagés », peut-on y lire. Il s’agirait de s’adapter alors que « le nombre de projets déposés et la qualité des projets augmentent, la sélectivité étant ainsi accrue, notamment pour les auteurs seuls. Les projets déposés par les auteurs et ceux déposés par les producteurs ne sont pas au même stade, les derniers étant accompagnés au stade de la réécriture, voire du développement », selon l’agence.
Est aussi mentionné un « nouveau soutien au repérage documentaire ». Il est là encore motivé par « la sélectivité croissante des aides à l’écriture (y compris au niveau national) » qui fait que « le dépôt de dossier nécessite un travail préalable, et de plus en plus de temps de repérage et de recherche […] difficile à assumer pour un auteur ne disposant pas de ressources pour ce travail. Ainsi, un soutien au repérage de 2 000 à 3 000 euros, à partir d’une note d’intention, pourrait être envisagé, permettant à l’auteur de dédier du temps à sa recherche et d’aboutir à un dossier susceptible d’être déposé aux aides à l’écriture ». « Malheureusement », ces pistes restent « pour l’instant au stade de projet », explique Normandie Images. « Aucune décision concrète dans ce sens » n’a été actée, faute de budget dégagé ». L’agence, qui « perd même 50 000 euros de financement » sur son budget de fonctionnement principal, « craint que cela ne soit pas du tout réalisable pour l’année 2026, ni même pour la suivante, mais cela sera à confirmer ».
Le projet triennal de Normandie Images été rédigé « en concertation avec les professionnels », indiquent dans leur éditorial Richard Patry et Cécile Jodlowski-Perra, respectivement président et directrice de l’agence. La « concertation est régulière avec chacune des associations, et en parallèle avec l’ensemble. Les professionnels siègent à notre conseil d’administration trois fois par an et nous les avons encore plus étroitement associés en les faisant contribuer à notre bilan annuel ainsi qu’à notre projet triennal. Plus récemment nous nous sommes tous réunis sur la territorialité des aides et d’autres thématiques viendront sûrement le faire à nouveau. On travaille main dans la main », précise Normandie Images.
Aujourd’hui, « toutes les forces vives sont réunies en Normandie pour en faire une région encore plus dynamique », avance l’Arno. C’est pourquoi les professionnels ont besoin que les engagements de la collectivité, qui a jusqu’ici tout fait pour sanctuariser son fonds d’aide à la création, soient pérennes. La consolidation de la filière passera en outre par des liens renforcés « entre l’ensemble des professionnels de l’audiovisuel normands », selon une autre des conclusions de l’enquête réalisée par les auteurs et les autrices. Il y a quelques années, avait émergé l’idée d’une organisation en interprofessionnelle qui, pour l’heure, n’a pas vu le jour. « Dans les faits, les discussions entre nous existent, en premier lieu au sein de Normandie Images. Il n’y a donc pas eu pour le moment nécessité à formaliser cette organisation », explique l’Arno, même si l’idée de cette interprofessionnelle continue de faire son chemin.
Pour aller plus loin
Méthodologie des enquêtes de LaScam pour un état des lieux du documentaire en région
Ces focus sont circonscrits au seul documentaire audiovisuel (donc hors court et long métrage). Ils proposent une photographie quantitative et qualitative de chaque région, à travers la parole des auteurs-réalisateurs et autrices-réalisatrices qui vivent et travaillent dans ces territoires. S’y expriment également les points de vue des autres acteurs animant ces filières régionales.
Les chiffres clés relatifs à la Région Normandie sont issus du Panorama annuel des aides territoriales réalisé par Ciclic Centre-Val de Loire avec le soutien de la Région Centre-Val de Loire, en partenariat avec le CNC. Le périmètre des collectivités est identique à celui du Panorama, qui prend en compte la région, les départements, les eurométropoles, les métropoles et les villes, s’il y a lieu. De la même manière, les statistiques se concentrent sur les aides délivrées par la région, le premier niveau d’intervention. Les investissements de la région agrègent ceux octroyés via le ou les contrats d’objectifs et de moyens signés entre la collectivité et le ou les diffuseurs, quand ils existent. Les statistiques autres que celles de Ciclic qui pourraient être citées sont dans tous les cas sourcées.
Remerciements : Clément Le Glatin et Pierre Dallois à l’agence Ciclic-Centre-Val-de-Loire, les auteurs et les autrices de la Boucle documentaire.
