6 février 2026
Série Territoires et Création #11 –
Sud-Provence-Alpes-Côte d’Azur« La création ne peut pas être régie que par des considérations économiques »
En région Sud, 11e volet de la série Territoires et Création, les auteurs et les autrices de documentaire font face à une situation « paradoxale ». Si le fonds d’aides régional est parmi les mieux dotés en France, le genre est, selon eux, le « parent pauvre » du territoire, aucune des six autres collectivités engagées dans la création, aux côtés de la Région, ne le finançant.
La région Sud et le documentaire audiovisuel
Dans le top 5 national, en 2024, la Région Sud a consacré 7 396 500 euros à la création audiovisuelle et cinématographique, dans 190 projets. Le documentaire audiovisuel représente 19% de l’enveloppe (1 437 500 euros, au 4e rang) et 46 % des projets (87). L’étape de la production concentre 52% des aides et 77,5% de l’enveloppe, suivie du développement (30% des aides et 18% du montant total), devant l’écriture (18% des aides et 4,5% du financement). Ces investissements incluent deux conventions, qui s’apparentent à des COM, à travers le dispositif Med in Doc, fléché uniquement sur le documentaire. Signé avec France 3 – Provence Alpes Côte d’Azur et Maritima TV, il a bénéficié de 280 000 euros, en 2024, attribués à 13 projets en développement (4 pour 30 000 euros) et en production (9 pour 250 000 euros). Six autres collectivités sont dotées de guichets : les départements des Alpes-Maritimes et du Vaucluse, l’ECPI du Grand Avignon, les Métropoles de Aix-Marseille Provence et Toulon-Provence Méditerranée, ainsi que la Ville de Nice. Un documentaire a été financé par l’une d’entre elles, pour un montant de 2 000 euros, à l’étape de la production, Toulon-Provence Méditerranée, sur 11 aides accordées.
7 396 500 €
aide à la création
De prime abord, la Région Sud – Provence-Alpes-Côte d’Azur apparaît comme un territoire enviable pour les créateurs. « Nous sommes plutôt bien lotis et outillés, comparé à d’autres régions, dans le sens où nous avons le deuxième plus gros fonds de France [près de 7,4 millions euros en 2024, cf.encadré chiffres] et un service cinéma qui joue de plus en plus le jeu du dialogue », constatent les auteurs et les autrices de documentaire de l’Association des auteurs réalisateurs du Sud-Est (Aarse). Pour autant, la « situation est paradoxale » et « des inquiétudes » existent sur ce territoire où « la création est toujours rattachée à l’industrie » et à la « rentabilité », contraignant à « rentrer dans des cases », nuance l’Aarse. « Non pas qu’on soit opposé aux considérations économiques, mais elles ne peuvent pas être les seules prises en compte », estime l’organisation qui réunit les professionnels dans tous les genres.
L’Aarse a été créée en 2001 « pour soutenir la création audiovisuelle et cinématographique indépendante et améliorer les conditions de travail des cinéastes qui ont fait le choix de vivre et / ou de créer en région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur », selon sa propre description. Elle revendique une soixantaine d’adhérents réguliers sur un réseau de près de 300 professionnels dont elle défend les intérêts. L’association fait valoir un « enjeu de représentation et de dialogue avec les politiques » pour les auteurs, sur le territoire. Déjà soutenue par la Ville de Marseille et la Métropole Aix-Marseille-Provence, elle reçoit depuis peu une subvention de la part du conseil régional. Le dynamisme du territoire dans le champ de la création se traduit par la présence de plusieurs autres organisations de professionnels dont, pour les seuls auteurs et les producteurs, le collectif de scénaristes La Belle Equipe, l’association des Producteurs associés (LPA), ou encore SudAnim, qui réunit les talents de l’animation et du jeu vidéo, activités en forte croissance dans la région.
On est encore mal compris dans nos métiers, il y a un manque de considération persistant de la création en général, souvent cantonnée à la vision du « métier passion » et sans prise en compte du fait qu’être auteur ou autrice représente un champs d’activités plurielles et ancrées sur le territoire.
Les auteurs de l’Aarse
Une offre complète d’aides à l’écriture dans le fonds de soutien régional
La Région Sud, qui a engagé en 2020 un « Plan cinéma et audiovisuel » stratégique, bénéficie d’un fonds d’aide à la création intervenant à toutes les étapes de la fabrication d’une œuvre, en dehors de la postproduction. Pour ne parler que de l’écriture, l’offre est très complète depuis la réintroduction des bourses d’écriture directes aux auteurs et aux autrices, en 2020, en pleine pandémie. Ce dispositif, d’un montant compris entre 2 000 euros (un plancher) et 3 500 euros (le plafond) pour le documentaire, s’articule avec deux autres soutiens : les aides indirectes, attribuées aux sociétés de production (3 000 à 5 000 euros) et les bourses d’écriture en résidence (3 000 à 5 000 euros).
Autre atout pour les auteurs et les autrices, le fonds propose aussi une aide au documentaire sans diffuseur, pour les projets « se créant hors case de diffusion et avec un circuit de diffusion alternatif », selon le règlement. Ce soutien, comme le retour des bourses d’écriture, sont le fruit de « de batailles » menées par l’Aarse, rappelle celle-ci. L’enjeu était que le « travail d’auteur soit soutenu dès le départ, alors qu’on sait qu’il s’agit du maillon le plus faible et que, souvent, les producteurs s’engagent tard », observe l’organisation. Les aides directes à l’écriture avaient été supprimées par la Région au motif que les projets arrivaient rarement à leur terme et que leur taux de transformation n’était pas suffisant.
Le Covid a constitué un virage. La Région a été « sensible à la situation des auteurs vivant sur le territoire et a déployé des fonds [pour certains temporaires et d’autres pérennes, ndlr] », souligne l’Aarse. Globalement, le fonds de soutien a évolué à la faveur des auteurs, ces dernières années, avec l’ajout d’une commission pour les aides à l’écriture, les portant à trois sessions par an (ainsi que pour le développement), pour s’aligner sur la périodicité des aides à la production. Pour autant, « les commissions restent très attentives à ce que les aides à l’écriture accordées soient suivies d’un résultat, alors qu’on sait la difficulté à monter des projets d’auteurs un peu complexes », mentionne l’association. « Sans aller jusqu’à parler de spécificité, ici, il y beaucoup de gens indépendants, avec des projets de documentaires de création très singuliers, qui ne rentrent pas toujours dans les cases télévisuelles telles qu’elles existent », remarque-t-elle aussi. « On est encore mal compris dans nos métiers », poursuit l’Aarse, en relevant « un manque de considération persistant de la création en général, souvent cantonnée à la vision du « métier passion » et sans prise en compte du fait qu’être auteur ou autrice représente un champs d’activités plurielles et ancrées sur le territoire ».
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87 aides
à la création
en 2024 pour le documentaire -
65 K€
pour l'écriture
-
1 115 K€
au stade de la production
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257,5 K €
au stade du développement
Les faiblesses du fonds de soutien
Les « montants attribués directement aux auteurs dans le fonds de soutien restent vraiment dérisoires par rapport à ceux alloués la production », constate également l’Aarse (cf.encadré chiffres). Or, rappelle-t-elle, « sans nous, il n’y a pas de films, donc pas de productions, ni de festivals ». Elle déplore en outre des « délais de paiement des subventions incommensurables », quelles que soient les aides. Ces délais peuvent parfois dépasser « six mois », posant des « problèmes très concrets » aux professionnels. De son côté, LPA regrette que « les longs métrages documentaires soient financés à travers la même enveloppe que les œuvres audiovisuelles ». « Le nombre de longs métrages soutenus par la Région ayant largement augmenté ces dernières années, il serait plus logique, à l’instar des autres régions françaises, que cela soit l’enveloppe cinéma qui les finance », comme c’est aussi le cas au CNC ou à la Procirep, relève l’association des producteurs.
« Cette organisation n’est pas spécifique à la Région Sud », réagit cette dernière. D’autres collectivités « ont également réuni l’ensemble des œuvres documentaires dans un seul fonds, poursuit-elle. La Région souligne que « le documentaire, la fiction et l’animation sont étudiés dans des comités ad hoc qui réunissent des lecteurs spécialisés dans leur domaine ». « Ces trois genres sont distingués afin de donner à chaque projet l’expertise la plus adaptée mais aussi pour éviter de pénaliser un genre par rapport à un autre. En effet, les critères de sélection de ces trois genres sont différents (dépenses en région, nombre de jours de tournage…) », explicite la collectivité.
Il est capital de sauvegarder l’investissement dans la production, en préservant les aides à l’écriture, au développement et à la production. On sait que le CNC insiste beaucoup sur l’éducation à l’image ou encore les médiateurs, mais encore faut-il que les films existent. Or aujourd’hui, c’est cela qui est en péril, avec notamment les coupes à France Télévisions, à l’échelon national.
Les producteurs de LPA
Pas de COM mais des conventions à travers le dispositif Med in Doc
Le soutien de la Région Sud à la création documentaire s’opère également à travers le dispositif Med in Doc, qui, depuis avril 2020, donne lieu à des conventions annuelles portant mandat de service d’intérêt économique général avec les télévisions locales France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur et Maritima TV. Etablies entre les diffuseurs et le conseil régional, ces conventions, non abondées par le CNC, ne sont pas des COM, comme la collectivité en a eus par le passé, mais elles s’y apparentent. Elles permettent des interventions en préachat, ainsi qu’au stade du développement pour France 3. Au total, 13 documentaires ont été financés en 2024 par leur intermédiaire (cf.encadré chiffres).
Med in Doc « joue un rôle essentiel d’accompagnement pour la diffusion » du documentaire sur le territoire », expose la Région. Ces conventions ont été adoptées avec l’objectif de renforcer la production et la post-production en région mais aussi de « soutenir les nouvelles écritures et les formats pour le web ainsi que le court métrage », afin de « de faire émerger une création innovante portée par des jeunes talents », ajoute la collectivité. Elles participent ainsi à la « structuration » de la filière professionnelle » et à la « diversité de la création ».
Pour LPA, qui a participé à l’élaboration des conventions, l’un de leurs atouts est de donner accès à des « aides en développement, toujours difficiles à obtenir de la part des diffuseurs ». Elles permettent en outre de soutenir « les premiers et les seconds films » auxquels les chaînes locales sont plus ouvertes qu’au niveau national. Cela « bénéficie naturellement aux auteurs et au renouvellement des talents de la création », fait valoir LPA. L’Aarse y voit davantage une « restriction » dans le périmètre des œuvres éligibles. L’association considère toutefois que la convention avec Maritima TV permet de faire des « films très intéressants, formellement et esthétiquement, et qui parfois sortent en salles ». « Apprécié », le dispositif attire désormais « beaucoup de monde » et il est devenu « très concurrentiel », remarque aussi l’Aarse, qui regrette le « peu de diffuseurs locaux » finançant du documentaire sur le territoire où l’on recense de nombreux déclinaisons de BFM Régions.
Le budget de Med in Doc en 2026 « n’est pas connu à date, le budget régional étant voté en avril », indique la Région. L’année 2025 a été marquée par une baisse de l’enveloppe de 41 500 euros comparé à 2024. Dans le détail, 160 000 euros ont été alloués à France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur, contre 200 000 euros l’année précédente, et 78 500 euros à Maritima TV (80 000 euros en 2024), selon les données du conseil régional.
Concernant la sélection des projets, les auteurs et les autrices regrettent de ne pas y être associés. Ils ont déjà formulé la demande de « pouvoir accéder aux commissions des chaînes, même en tant qu’observateur », jusque-là en vain. Par ailleurs, l’Aarse souhaiterait aussi que davantage d’auteurs « siègent dans les comités du fonds de soutien régional ». De son côté, LPA a choisi de ne pas siéger dans les comités de sélection Med in Doc, ni dans ceux du fonds de soutien de la Région, par souci de « neutralité ».
Une région devenue concurrentielle pour le documentaire
Le documentaire de création est devenu très concurrentiel dans la région, depuis le Covid, relèvent les professionnels avec, notamment, l’arrivée de producteurs, aux côtés des acteurs historiques marseillais, comme Les Films du Tambour de Soie ou 13 Productions, pour ne citer qu’eux. « On assiste depuis cinq ans à la création de sociétés ex nihilo, ou à l’installation d’établissements secondaires de sociétés parisiennes », confirme LPA. A ce jour, l’association compte 64 sociétés adhérentes, tous genres confondus, contre une vingtaine au moment du Covid. Elle signale avoir d’ailleurs mis en place un « dispositif pouponnière pour des jeunes producteurs qui n’ont pas encore produit en délégué ».
La Région Sud dispose de nombreux atouts et d’une « très forte attractivité vis-à-vis du tissu local de professionnels, considère à son tour la collectivité. Celle-ci met en avant son « fonds de soutien important, un bon niveau d’activité, des techniciens compétents, des industries techniques à Marseille et à Nice, et des prestataires disponibles » qui lui « assurent un avantage concurrentiel » en matière de cinéma et d’audiovisuel dans leur ensemble ». Elle pointe tout particulièrement les « industries techniques – post-production, loueurs de matériel, effets spéciaux – avec sept entreprises supplémentaires installées depuis 2022, et les techniciens » dont le nombre de ceux résidant en région a progressé de 55% en deux ans, entre octobre 2022 et octobre 2024 », d’après les inscriptions à la base nationale « Film France Talents ».
Cette croissance est sans impact sur le taux de sélectivité qui « varie peu, malgré un nombre de dossiers déposés en constante augmentation », assure la Région. Selon elle, la progression du fonds de soutien « a permis d’absorber la hausse du nombre de sociétés de production installées » sur le territoire. Son enveloppe est passée « de 4 millions d’euros en 2016 (alloués à 107 projets) à plus de 7,6 millions d’euros en 2025 (206 projets) », en incluant Med in Doc, d’après les données de la collectivité.
Des cas d’ingérence ou de censure supposée
Les relations avec les professionnels du documentaire ne sont pas toujours simples dans cette région qui a déjà connu des affaires d’ingérence politique ou des cas supposés de censure, relayés par la presse. Dernièrement, plusieurs dossiers de films déposés au fonds d’aide ont provoqué un « moment de crise », mentionne l’Aarse. « Le fonds de soutien au documentaire a été suspendu pendant six mois, entraînant un retard de nombreux projets et des difficultés économiques pour les producteurs », précise-t-elle, en ajoutant que « les choses sont heureusement rentrées dans l’ordre ».
Deux films concernés ont fait l’objet d’un article publié en février 2024 dans Mediapart, sous le titre « Alignée sur le RN, la Région Sud retire des subventions à deux films jugés ‘anti-israéliens’ ». Il s’agissait des documentaires Les Bédouins d’Al Rachaideh de Alaa Ashkar, coproduit par La Société du Sensible et GoGoGo Films, et Vacances en Palestine de Maxime Lindon et Julien Darras (Mezzanotte Films, en coproduction avec Momento Films et Odeh Films). Tous deux traitaient de la question palestinienne. Approuvés par les comités d’experts du fonds d’aide, ils ont été retirés in extremis du vote par les élus en commission du 26 octobre 2023 – soit quelques jours après les attaques terroristes du 7 octobre en Israël – sur pression du Rassemblement national, relatait alors Mediapart.
Vacances en Palestine « n’a pas été présenté au vote des élus régionaux », confirme la Région. En revanche, « une aide au développement d’un montant de 6 000 euros » a été votée ultérieurement pour Les Bédouins d’Al Rachaideh, lors de la commission permanente du 17 octobre 2025, précise la collectivité.
Rappelons que les avis des comités de lecture des fonds de soutien, composés de professionnels, sont consultatifs. A l’exception de la Région des Hauts-de-France, où les comités de Pictanovo sont souverains pour tous les genres, ailleurs, c’est aux élus régionaux que revient la décision finale de soutenir les projets, en s’appuyant le plus souvent sur les avis des experts.
La période actuelle n’invite pas à se réjouir avec les baisses drastiques dans le financement de la culture d’une manière générale (…) Que va-t-il se passer lors des prochaines élections municipales, en mars 2026, sachant que nous sommes dans une région où le Rassemblement national est déjà très fort ?
Les auteurs de l’Aarse
Sauvegarder les aides concourant à la fabrication des films
L’un des enjeux de l’Aarse, à court terme, concerne la « prochaine génération de convention de coopération triennale 2026-2028 » pour laquelle elle appelle de ses vœux « des temps de concertation en bonne et due forme » avec les différentes parties concernées. « Nous nous trouvons dans une région qui aime beaucoup l’informel », expose l’association.
La future convention pourrait être l’occasion de défendre la création d’une aide autour de « la notion de parcours d’auteur », portée de longue date par l’Aarse. Ce type de dispositif permet de prendre en compte plusieurs projets pour une somme un peu plus conséquente. Autre piste, revenir à une bourse à la recherche. Un temps existante au sein du fonds, elle accordait 10 000 euros à un auteur confirmé pour penser et expérimenter sa pratique, rappelle l’Aarse.
« Il est capital de sauvegarder l’investissement dans la production, en préservant les aides à l’écriture, au développement et à la production », alerte de son côté LPA. « On sait que le CNC insiste beaucoup sur l’éducation à l’image ou encore les médiateurs, mais encore faut-il que les films existent. Or aujourd’hui, c’est cela qui est en péril, avec notamment les coupes à France Télévisions, à l’échelon national », insiste l’association des producteurs. « Il est important également que dans ces conventions l’ensemble des genres soient soutenus : animation, documentaire, fiction, nouveaux médias », estime-t-elle.
L’introduction de nouvelles aides est-elle envisageable ou hors de propos du fait de la conjoncture économique ? « La Région n’a pas abandonné les différents soutiens qu’elle accorde. Au contraire, elle en a créé de nouveaux ces dernières années, comme le jeu vidéo en 2022, ou encore la bourse d’écriture en résidence pour les fictions audiovisuelles en 2024 », commente celle-ci, sans véritablement répondre. La collectivité réitère son attachement à la « diversité des œuvres, de genres et de formats » et à la qualité de ces œuvres qui ont rayonné dans les festivals en 2025, comme les années précédentes. Elle pointe en outre un « dialogue constant » avec les « associations représentant les professionnels du territoire », et des bilans réalisés « régulièrement pour ajuster et mettre à jour les dispositifs ».
L’implication des autres collectivités du territoire : un levier stratégique pour le documentaire
« En 2026, la Région restera mobilisée pour la création, la production et la préservation de l’écosystème créatif », assure-t-elle aussi, sans plus de détails, à ce stade. « Depuis le début du mandat [de Renaud Muselier, le président Renaissance de la Région Sud, ndlr], les ambitions régionales pour le cinéma et l’audiovisuel ont été fortement affirmées », met en avant la collectivité. Selon son bilan, « 65 millions d’euros ont été investis de 2016 à 2025 inclus, pour soutenir les œuvres […] générant ainsi une hausse de 80% de projets de films » aidés. Par ailleurs, elle fait valoir, sur la période, « 14 cinémas créés, rénovés ou équipés avec le soutien régional ; près de 23 000 élèves participant chaque année au dispositif « lycéens et apprentis au cinéma », ainsi qu’un « soutien à la création et à la production » en forte progression, comme mentionné précédemment.
Que les fonds d’aides soient sanctuarisés, est primordial pour la filière et l’ensemble de l’écosystème, martèlent les professionnels. « Festivals, salles de cinéma, événements divers et variés nous permettent de rester ancrés en région », estime l’Aarse. « Ce n’est pas rien de choisir de vivre et de travailler en région, qui plus est loin de Paris. Ça demande aussi une attention de la part des politiques publiques un peu plus forte en termes de décentralisation ».
L’implication des six autres collectivités qui financent la création, sur le territoire (cf.encadré chiffres), serait un levier stratégique pour le documentaire, considèrent les auteurs et les producteurs. Or aujourd’hui, seule la Région apporte son écot au genre, en dehors d’aides très ponctuelles de la part des autres guichets pourtant nombreux. Le « documentaire est le parent pauvre en Région Sud », observe l’Aarse. « C’est même le parent absent, à l’exception du conseil régional », pointe LPA. L’absence de la Métropole de Aix-Marseille Provence est « notamment regrettable, puisque pas mal de sociétés de production y ont leur siège, créent de l’emploi, accueillent des stagiaires… », décrivent les producteurs. « la Métropole préfère aider l’accueil de tournages de fiction que les entreprises qui sont installées sur son territoire. Nous le regrettons fortement », insistent-ils.
« La période actuelle n’invite pas à se réjouir » avec les « baisses drastiques dans le financement de la culture d’une manière générale », remarque l’Aarse. A l’échelle nationale et régionale, il existe de « très grosses inconnues », en particulier sur le plan politique : « que va-t-il se passer lors des prochaines élections municipales, en mars 2026, sachant que nous sommes dans une région où le Rassemblement national est déjà très fort ? », interrogent les auteurs.
En attendant, l’Aarse retient la « dynamique » très porteuse que connaît dans l’immédiat l’association, mûe par une « énergie collective intéressante face à l’isolement des auteurs ». L’organisation a gagné « beaucoup de nouveaux adhérents » et elle jouit d’une « plus grande visibilité », se félicite-t-elle. Le dialogue avec la Région « s’est resserré », se réjouissent également les auteurs et les autrices. Cela s’est traduit en particulier par l’obtention de la subvention auprès de la Région, en octobre dernier. D’un montant de 6 000 euros par an, ce soutien financier aux associations professionnelles a été accordé selon plusieurs critères, parmi lesquels la reconnaissance d’une représentativité, un niveau de structuration ainsi qu’un programme d’activité.
Emmanuelle Miquet
Méthodologie des enquêtes de la Scam pour un état des lieux du documentaire en région
Ces focus sont circonscrits au seul documentaire audiovisuel (donc hors court et long métrage). Ils proposent une photographie quantitative et qualitative de chaque région, à travers la parole des auteurs-réalisateurs et autrices-réalisatrices qui vivent et travaillent dans ces territoires. S’y expriment également les points de vue des autres acteurs animant ces filières régionales.
Les chiffres clés relatifs à la Région Sud sont issus des données collectées par l’agence Ciclic-Centre-Val-de-Loire pour le Panorama des interventions territoriales en faveur du cinéma et de l’audiovisuel publié chaque année, dans le cadre de sa convention de coopération triennale État-région-CNC. Le périmètre des collectivités est identique à celui du Panorama, qui prend en compte la région, les départements, les eurométropoles, les métropoles et les villes, s’il y a lieu. De la même manière, les statistiques se concentrent sur les aides délivrées par la région, le premier niveau d’intervention. Les investissements de la région agrègent ceux octroyés via le ou les contrats d’objectifs et de moyens signés entre la collectivité et le ou les diffuseurs, quand ils existent. Les statistiques autres que celles de Ciclic qui pourraient être citées sont dans tous les cas sourcées.
Remerciements : Pauline Martin et Pierre Dallois à l’agence Ciclic-Centre-Val-de-Loire, les auteurs et les autrices de la Boucle documentaire.
