Le jury distingue cette année Michelle Perrot pour l’ensemble de son œuvre. Michelle Perrot n’est pas seulement une grande historienne ; elle est aussi une militante, une écrivaine, une inspiratrice. Tout au long de sa carrière, elle a élargi les frontières du champ historique et social, non seulement en intégrant des thèmes marginalisés, mais aussi en montrant que leur compréhension exige la finesse et la vibration des récits individuels.

Ses premières recherches exploraient le monde ouvrier. Longtemps décrit à travers des structures, il a révélé, sous sa plume, des couleurs inconnues et des visages nouveaux. Au sein des conflits, Michelle Perrot a raconté des existences, comme celle de Lucie Baud, ouvrière et militante du Dauphiné, disparue en 1913, à laquelle elle a consacré sa Mélancolie ouvrière (2012).

Par la suite, elle a éclairé des domaines longtemps restés dans l’ombre : la prison, la vie privée, les espaces domestiques, notamment ces chambres où tant de femmes ont vécu, rêvé, écrit ou aimé (Histoire de chambres, 2009). Militante féministe, elle a fait de l’histoire des femmes un champ autonome, contribuant à sa structuration et à sa légitimation (Histoire des femmes en Occident, 1990). Elle a logiquement interrogé les mécanismes d’invisibilisation qui traversent l’histoire (Les Femmes ou les Silences de l’histoire, 1998). La bande-dessinée La Marche des Femmes (2026), retrace ce parcours.

Par son art de relier le singulier au collectif, par son intérêt porté aux femmes célèbres ou anonymes, Michelle Perrot a montré que les vies dites « ordinaires » appartenaient aux dynamiques de l’histoire. Méditation intellectuelle, peinture subtile autant que viatique à l’heure de #MeToo, ses livres ont inspiré des générations de lectrices et de lecteurs, désireux de comprendre le passé pour préparer l’avenir.

Le jury était composé des membres de la commission de l’écrit de LaScam : Lucile Bordes, Alexis Brocas, Simonetta Greggio, Ivan Jablonka, Isabelle Jarry, Eloïse Lièvre, Jean-Pierre Martin, Ernestine Ngo Melha, Hubert Prolongeau, Jean-Marc Terrasse.

Crédit : Samuel Kirszenbaum

« On connaît très mal un écrivain par un seul de ses livres : les harmoniques de l’œuvre nous échappent. »

Marguerite Yourcenar, En pèlerin et en étranger

C’est donc pour mieux approcher un écrivain, appréhender son univers, (re)découvrir son talent que le Prix Marguerite-Yourcenar de la Scam met en lumière un auteur ou une autrice pour l’ensemble de son œuvre. Il est doté de 8.000 euros.

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